Intelligence · neurosciences

Le cerveau du joueur d'échecs : ce que montrent l'IRM et l'EEG

Mis à jour le 18 octobre 2026 · Rédaction How To Play Chess · Études vérifiées dans les revues d'origine

La neuroplasticité du cerveau se retrouve chez les joueurs d'échecs : l'imagerie indique que les experts font appel à d'autres régions que les novices et présentent quelques différences de structure. Reste que ces travaux comparent des groupes à un instant donné : ils ne prouvent pas que les échecs « améliorent » le cerveau, seulement qu'un cerveau entraîné se spécialise.

Neuroplasticité : capacité du cerveau à modifier ses connexions et son organisation avec l'apprentissage et l'expérience, tout au long de la vie. Elle explique qu'on puisse apprendre à septante ans, et que le cerveau d'un expert diffère de celui d'un débutant dans son domaine.

Neuroplasticité du cerveau : quatre études sur les joueurs

Les ondes gamma des grands maîtres (Nature, 2001)

Amidzic et al., 2001 · Nature · DOI 10.1038/35088119

Pattern of focal γ-bursts in chess players

Qui
Joueurs de niveau club à grand maître
Type
Magnétoencéphalographie pendant des parties contre un ordinateur · niveau de preuve : Faible (petite étude d'imagerie)
Résultat
Chez les amateurs, l'activité gamma se concentre dans le lobe temporal médian (analyse de coups nouveaux) ; chez les grands maîtres, dans les cortex frontal et pariétal, ce que les auteurs interprètent comme la récupération de schémas stockés en mémoire.
Ce que l'étude ne dit pas
Interprétation des régions encore discutée ; comparaison transversale.

Cette étude a répandu l'idée que les grands maîtres « pensent avec leur mémoire » : ils reconnaissent la position et en tirent ce qu'ils savent, alors que l'amateur doit analyser du neuf. Cela s'accorde avec la théorie des schémas présentée dans la page échecs et mémoire.

Une aire des visages qui reconnaît les positions (2011)

Bilalić et al., 2011 · Journal of Neuroscience · DOI 10.1523/JNEUROSCI.5727-10.2011

Many faces of expertise: fusiform face area in chess experts and novices

Qui
Experts et novices
Type
IRM fonctionnelle · niveau de preuve : Faible à modéré
Résultat
L'aire fusiforme, connue pour la reconnaissance des visages, s'active davantage chez les experts devant des positions d'échecs complètes et réalistes : ils perçoivent l'échiquier « d'un bloc ».
Ce que l'étude ne dit pas
Montre une spécialisation acquise, pas un bénéfice de santé.

Le résultat ne manque pas d'élégance : la région qui nous fait reconnaître un visage d'un coup d'œil sert aussi, chez l'expert, à saisir une position d'échecs d'un seul bloc. Elle ne s'active pas davantage devant des pièces isolées : c'est la configuration d'ensemble qui compte.

Le noyau caudé des maîtres d'échecs chinois (2012)

Duan et al., 2012 · NeuroImage

Reduced caudate volume and enhanced striatal-DMN integration in chess experts

Qui
Maîtres et grands maîtres d'échecs chinois (xiangqi) et novices
Type
IRM structurelle et fonctionnelle de repos · niveau de preuve : Faible à modéré
Résultat
Les experts ont un noyau caudé plus petit et une connexion plus forte entre ce noyau et le « réseau du mode par défaut ».
Ce que l'étude ne dit pas
Porte sur les échecs chinois ; transversal : on ne sait pas si la différence précède ou suit l'entraînement.

Gare aux résumés hâtifs : cette étude concerne le xiangqi, les échecs chinois, et non les échecs occidentaux. Un volume plus petit n'est pas nécessairement un défaut : son interprétation reste débattue, et l'on ignore s'il précède ou suit l'entraînement.

L'architecture du cerveau du joueur (2014)

Hänggi et al., 2014 · Neuropsychologia · DOI 10.1016/j.neuropsychologia.2014.07.019

The architecture of the chess player's brain

Qui
20 joueurs experts et 20 témoins
Type
IRM morphométrique et de diffusion · niveau de preuve : Faible à modéré
Résultat
Volume de substance grise et épaisseur corticale plus faibles chez les joueurs dans la jonction occipito-temporale et le précunéus ; différences dans un faisceau de substance blanche (faisceau longitudinal supérieur) liées au classement Elo.
Ce que l'étude ne dit pas
Les auteurs écrivent eux-mêmes qu'on ignore si ces différences sont la cause ou la conséquence de la pratique.

Ce que mesurent l'IRM, l'EEG et la MEG

Les techniques d'imagerie utilisées dans les études sur les échecs
TechniqueCe qu'elle mesureExemple d'étude
EEG (électroencéphalographie)Activité électrique du cerveau, à la milliseconde près, avec une localisation approximativeÉtudes de l'activité pendant la résolution de problèmes
MEG (magnétoencéphalographie)Champs magnétiques produits par l'activité des neurones, mieux localisés que l'EEGAmidzic et al., Nature 2001
IRM fonctionnelleVariations du flux sanguin liées à l'activité, sur quelques secondesBilalić et al., J Neurosci 2011
IRM structurelle et de diffusionVolume de substance grise, épaisseur du cortex, état des faisceaux de substance blancheHänggi et al., Neuropsychologia 2014 ; Duan et al., NeuroImage 2012

Un cerveau spécialisé n'est pas un cerveau « en meilleure santé »

Ces études répondent à la question : est-ce que jouer aux échecs change votre cerveau ? Oui, dans la mesure où l'expertise s'accompagne d'une organisation particulière. Trois précautions s'imposent toutefois.

Dendrites, « deux cerveaux » : les mythes à oublier

L'ancienne version de ce site, comme beaucoup de pages en ligne, affirmait que jouer aux échecs « fait pousser les dendrites » et « engage les deux cerveaux ». Aucune étude sur les joueurs d'échecs ne correspond à ces formules.

D'autres idées reçues sont passées en revue dans la page échecs et santé : 9 idées reçues.

Neuroplasticité et apprentissage au quotidien

La plasticité cérébrale n'est pas l'apanage des grands maîtres. Elle sous-tend tout apprentissage et persiste avec l'âge, même si elle ralentit. On en tire quelques principes généraux :

Ces mécanismes rejoignent la notion de réserve cognitive, qui décrit comment un cerveau entraîné compense mieux les effets de l'âge. Pour retenir l'essentiel : les images du cerveau d'un expert racontent l'histoire de son apprentissage, pas celle d'un bénéfice médical. Qui souhaite élargir la réflexion aux effets du jeu sur l'humeur et la concentration trouvera, chez le Palais des Échecs, un article sur les effets des échecs sur le mental.

Questions fréquentes

Est-ce que jouer aux échecs change votre cerveau ?

Chez les joueurs experts, l'imagerie révèle une organisation particulière : d'autres régions s'activent pour reconnaître les positions, et quelques différences de structure apparaissent. Ces études comparent des groupes et ne prouvent pas que la pratique en soit la seule cause.

Qu'est-ce que la neuroplasticité ?

C'est la capacité du cerveau à remodeler ses connexions et son organisation au fil de l'apprentissage et de l'expérience. Elle existe à tout âge, ce qui explique qu'on puisse acquérir de nouvelles compétences, comme les échecs, même tard dans la vie.

Quels sont les effets des échecs sur le cerveau ?

À court terme, une partie sollicite l'attention, la mémoire de travail et la planification. À long terme, l'expertise va de pair avec une reconnaissance rapide des positions, visible en imagerie. Un effet protecteur sur la santé du cerveau n'a pas été démontré.